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La mémoire des
soldats marocains

Des dizaines de milliers de soldats marocains, désignés par l'administration française sous les termes « goumiers » ou « tirailleurs », ont servi sous drapeau français.
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Cinéma & Documentaires

Leur histoire à l'écran

Films de fiction et documentaires vérifiés consacrés aux soldats marocains — d'Indigènes (2006) aux archives filmées.

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Mémoire vivante

Commémorations & Événements

Cérémonies annuelles, inaugurations et voyages mémoriels — l'agenda sourcé des événements dédiés.

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Définitions & Étymologie

Qui étaient-ils ?

Les Tirailleurs marocains — RTM

1912 (création des troupes auxiliaires) · 1915 (1er RTM) · 1965 (dissolution)

Étymologie : du verbe français tirer — un tirailleur désigne depuis le XVIIIe siècle un fantassin léger se déplaçant en ordre dispersé. Le terme décrit la tactique avant de désigner le corps.

Les Goumiers marocains — GTM

1908 (premiers goums) · 1956 (intégration aux Forces Armées Royales)

Étymologie : de l'arabe marocain qawm (قوم) — groupe, peuple, communauté d'appartenance. Emprunté de l'arabe du Maghreb gum (troupe, tribu). Source : Dictionnaire de l'Académie française.

Glossaire des termes militaires

Goum Unité de base · 223 combattants (1943) · formations légères spécialisées en terrain montagneux Ministère des Armées
Goumiers du 2e groupe de tabors marocains — Seconde Guerre mondiale
Goumiers du 2e groupe de tabors marocains — Seconde Guerre mondiale · Wikimedia Commons · Domaine public
Tabor Formation de cinq goums (~1 100 hommes) Ministère des Armées
▶ Voir sur YouTube
Tabor marocain Cliquez pour ouvrir sur YouTube (intégration désactivée par l'auteur)
GTM Groupe de Tabors Marocains · trois tabors soit ~2 600 à 3 300 hommes SHD
RTM Régiment de Tirailleurs Marocains · unité régimentaire d'infanterie · 8 RTM engagés en 1942–45 SHD / GR 34N
Spahi Du turc sipahi, du persan sipāh (armée) · cavalier recruté par l'armée française en Afrique du Nord (1830–1962) Académie française
Citation collective Distinction officielle décernée à une unité entière · inscrite sur le drapeau · droit au port de la fourragère · figure dans le livret militaire de chaque soldat — Réglementation militaire française, SHD
FAR Forces Armées Royales du Maroc · créées en 1956 · ont intégré les anciens Goumiers dès le 12 mai 1956 Ministère des Affaires étrangères du Maroc
SHD Service Historique de la Défense · archives militaires françaises · Vincennes et Caen servicehistorique.sga.defense.gouv.fr
ONAC-VG Office National des Anciens Combattants et Victimes de Guerre · gestion des nécropoles et sépultures de guerre onac-vg.fr
ANOM Archives Nationales d'Outre-Mer · Aix-en-Provence · registres matricules des soldats marocains anom.archivesnationales.culture.gouv.fr

L'accueil en France : un espace contrôlé et ségrégué

À l'arrière du front, les soldats marocains étaient cantonnés dans des camps distincts. Des circulaires militaires internes encadraient explicitement leurs déplacements et contacts. La circulaire du 7 juillet 1916 du Cabinet du Ministre de la Guerre impose une surveillance rapprochée des soldats nord-africains — analysée par Richard Fogarty dans Race and War in France (p. 112-134).

À la démobilisation de 1919-1920, les soldats marocains furent rapatriés rapidement, sans cérémonie officielle. Les pensions versées étaient structurellement inférieures à celles de leurs homologues métropolitains — inégalité documentée dans les archives du SGAC (ANOM série F/19-3Mme). Les pensions des soldats marocains furent ensuite cristallisées — c'est-à-dire gelées à leur valeur de l'indépendance — par l'article 71 de la loi de finances n°59-1454 du 26 décembre 1959, applicable aux Marocains à compter du 1er janvier 1961. Un soldat marocain touchait en 2000 une pension d'invalidité de 1,18 euro du point, contre 12,48 euros pour un combattant français — soit dix fois moins. Le Conseil d'État avait pourtant déclaré ce système contraire à la Convention européenne des droits de l'homme (arrêt Diop, 30 novembre 2001). Une première revalorisation partielle intervint avec la loi de finances 2002. La décristallisation complète des pensions d'invalidité et de la retraite du combattant ne fut effective qu'au 1er janvier 2007 (loi de finances 2007), puis étendue par la décision du Conseil constitutionnel du 28 mai 2010.

Analyse critique

Sur le choix des termes

« Goumier » — d'un terme social à une catégorie militaire

Le terme qawm (قوم) désigne en arabe un groupe humain organique — une communauté, un ensemble de pairs. Son appropriation par l'administration militaire française en fait une catégorie ethno-militaire administrative, distincte des autres corps de l'armée française. Le « goumier » cesse de désigner un individu membre d'un groupe pour devenir un type — associé dans les archives françaises à des qualités supposées collectives : l'endurance, la mobilité, une « rusticité guerrière ».

Le fait que ces unités ne bénéficiaient pas du statut juridique de l'armée régulière — contrairement aux Tirailleurs et Spahis (loi de 1923) — illustre que la différenciation terminologique avait des conséquences matérielles directes : les ayants droit des Goumiers morts au combat se sont vus exclus de toute procédure de pension après 1945. Ce n'est qu'après de longues procédures qu'une partie des droits fut reconnue.

Source Archives SHD, SGAC, ANOM série F/19-3Mme

« Tirailleur » — une tactique devenue identité

Le terme est d'abord fonctionnel : un tirailleur est un fantassin en ordre dispersé (du verbe tirer). Appliqué aux soldats marocains, il devient une désignation ethnique — les « Tirailleurs marocains » comme les « Tirailleurs sénégalais » sont identifiés non par leur rôle tactique mais par leur origine. Cette ethnicisation est une caractéristique spécifique du recrutement français dans ses territoires sous administration.

Ce site emploie ces termes parce qu'ils sont ceux des archives officielles et des actes d'état civil militaires — ils permettent d'identifier les soldats dans les bases de données. Leur usage ici est documentaire, non prescriptif. Là où le contexte le permet, nous privilégions les formulations « soldats marocains » ou « combattants marocains ».

Sources ONAC-VG / SHD — Aux combattants d'Afrique · Mohamed Wanaïm, thèse Paris I, 2008
L'uniforme des soldats marocains

L'uniforme des soldats marocains

L'uniforme des Tirailleurs marocains — RTM

  • Veste de drap bleu ciel avec ornements jaunes
  • Pantalon bouffant dit séroual
  • Large ceinture de laine rouge foncé
  • Chéchia : calotte de feutre cramoisi

La Nouba — musique militaire traditionnelle des unités marocaines — défilait avec une tenue spécifique : veste boléro bleu ciel, gilet à ornements jaunes, séroual, large ceinture rouge. Le bélier-mascotte ouvrait traditionnellement le cortège. ▶ Écouter la Nouba

Source Valdoie 1944 — Sur les chemins de la liberté

L'uniforme des Goumiers — GTM

  • Djellaba : laine épaisse marocaine, imperméabilisée aux poils de chèvre, ~8 kg, modèle propre à chaque goum
  • Koub (capuchon) : protection contre la pluie
  • Équipement américain kaki standard en dessous
  • Chéchia en contexte de cérémonie

Dans les rangs de la 1re Armée française débarquée en Provence en août 1944, les Goumiers ne passaient pas inaperçus. La djellaba est aujourd'hui un symbole mémoriel reconnu des associations d'anciens combattants.

Goumier marocain en uniforme — djellaba caractéristique
Goumier marocain en uniforme, djellaba · Wikimedia Commons · Domaine public
Mémoire et reconnaissance

Les défilés de la victoire

Les tirailleurs de la Première Armée défilent à Paris le 18 juin 1945
Les tirailleurs de la Première Armée française défilent à Paris · 18 juin 1945 · Wikimedia Commons · Domaine public
Invisibilisation documentée · 25 août 1944

Lors de la libération de Paris le 25 août 1944, la BBC a révélé le 6 avril 2009, dans l'émission Document de BBC Radio 4, présentée par Mike Thomson, à partir d'archives militaires américaines et britanniques déclassifiées — que le général américain Ralph Smith et des officiers britanniques avaient exigé que les troupes entrant dans Paris soient exclusivement des soldats blancs. Le correspondant de guerre américain A.J. Liebling (The New Yorker, 1944) et des archives du SHAEF (National Archives, College Park, Maryland, RG 331) documentent cette exigence. Article BBC, 6 avril 2009 — sur les soldats africains effacés de la libération de Paris. Sur les ~150 000 soldats alliés ayant débarqué en Provence le 15 août 1944, l'Armée B du général de Lattre comptait ~60 000 Français dont une large majorité de soldats d'Afrique du Nord et d'Afrique subsaharienne — leur contribution disparaît du récit dominant de la Libération.

Sources Claire Miot, Le retrait des tirailleurs sénégalais de la Première Armée française en 1944, Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 2015 · Jean-Baptiste Dusséaux, documentaire Le Blanchiment des troupes coloniales, France 3, 2015 · Archives militaires françaises (terme « blanchiment » ou « blanchissement » utilisé dans les documents de l'époque)
Reconnaissance tardive · 1999

Ce n'est qu'en 1999, pour « l'Année du Maroc en France », que la Garde Royale Marocaine ouvrit officiellement le défilé du 14 Juillet sur les Champs-Élysées — 54 ans après la fin de la guerre. C'était le premier contingent étranger autonome à participer à un tel défilé depuis 1939.

Source Archives du défilé militaire du 14 Juillet (Ministère des Armées / Gouverneur militaire de Paris)
Une injustice silencieuse

L'invisibilisation dans la mort

Des milliers de soldats marocains reposent dans des ossuaires collectifs, sans sépulture individuelle, sans nom gravé. Une forme encore d'effacement mémoriel.

Le cas de Chambry — 5 septembre 1914

Le 5 septembre 1914, lors de la bataille de la Marne, 1 150 hommes de la Brigade Marocaine sont tués, blessés ou portés disparus en une seule journée d'assaut sans appui d'artillerie. Les soldats tombés sont inhumés sur le champ de bataille. En 1920, leurs corps sont rassemblés dans un cimetière provisoire au pied du bois du Télégraphe. En 1924, ils sont transférés dans l'ossuaire D du cimetière militaire national de Chambry.

L'identité de la grande majorité de ces soldats reste inconnue à ce jour. Ils reposent collectivement, sans nom, sans mention individuelle, sans que leurs familles puissent leur rendre hommage sur une tombe identifiée.

Source Archives SHD · Cimetière militaire national de Chambry, Seine-et-Marne

Votre ancêtre a peut-être un dossier

Des dizaines de milliers de soldats marocains sont répertoriés dans les archives françaises et internationales.

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Base agrégée : ohmymaroc.com oriente vers des sources officielles publiques (Mémoire des Hommes, ONAC-VG, SHD, CWGC, ANOM, FamilySearch). Ce site ne dispose pas de base propriétaire. Les lacunes reflètent l'état réel des archives. Toute contribution est vérifiée avant publication.
Pourquoi ce site

La genèse d'ohmymaroc.com

Comme dans de nombreuses familles marocaines, un récit se transmet de génération en génération : celui d'un membre de la famille disparu soudainement pendant les conflits du XXe siècle, sans que l'on ait jamais reçu de nouvelles, sans savoir s'il était mort, dans quelles circonstances, ni où il reposait.

À presque cinquante ans, et forte de mes compétences en enquête, j'ai décidé de mener cette investigation familiale. En cherchant, j'ai compris que notre histoire n'était pas unique — elle était commune à des dizaines de milliers de familles au Maroc et en Europe.

L'idée de ce site est née de cette prise de conscience : centraliser les ressources, agréger les bases de données officielles, et faciliter la recherche pour toutes ces familles qui cherchent.

Un autre moment a été décisif. En me promenant dans le carré militaire d'un cimetière proche de mon domicile, j'ai observé que sur la majorité des tombes de soldats africains — d'Afrique du Nord et d'Afrique subsaharienne — figuraient deux, voire trois identités différentes gravées sur la même stèle. J'ai regardé les autres tombes du même carré : ce n'était pas le cas pour les autres soldats. Seuls les soldats africains étaient regroupés à plusieurs dans une seule sépulture — et cette sépulture n'était souvent pas orientée vers La Mecque, contrairement aux prescriptions religieuses islamiques.

Ce constat a transformé un projet de recherche généalogique en un projet mémoriel. Ces hommes méritaient mieux que l'oubli. Ce site est une modeste contribution à leur mémoire.